Sara HUYSMANS

 

 

Née en 1897 à Saint-Josse et décédée en 1983.

Sara Huysmans est la fille aînée de Marthe Espagne et de l’homme d’État socialiste Camille Huysmans (1871-1968) qui fut le Secrétaire de la IIe Internationale socialiste de 1905 à 1922.

En 1922, elle entre comme fonctionnaire au ministère des Sciences et des Arts, dans le cabinet de son père alors Ministre des Sciences et des Arts, où elle sera nommée conseiller-chef de service pour les Beaux-Arts en 1954.

Fonctionnaire éclairée, elle défend la mission d’éducation de l’art pour tous. Elle a créé l’Orchestre National de Belgique, les Concerts de Midi, des Midis de la Poésie, les Midis de la danse et le CEBEDEM, le Centre Belge de Documentation pour la Musique.

Sara Huysmans a publié, Muziek in België : hedendaagse belgische componisten, (Éditions A. Manteau, 1967).

 

Participation à la revue

  • N° 45 : Diaristes belges - Journal

 

Présentation du journal

Le journal personnel de Sara Huysmans est composé de cahiers annuels qui débutent le 6 janvier 1963 et se terminent le 5 avril 1971. Il coïncide avec son départ à la retraite. Il nous parle de sa manière d’envisager sa mission de fonctionnaire au ministère des Sciences et des Arts. Il capte quelques confidences de l’amante qu’elle fut. Il note les dernières visites à son père à Anvers jusqu’à sa disparition, et les brèves apparitions de Marthe, sa sœur cadette, engagée aux côtés d’Isabelle Blume dans le parti communiste. Il fait état de souffrances physiques et morales : Sara se plaint d’un mal être qui lui fait craindre la mort. Même si la diariste analyse ses états d’âme, son journal inscrit difficilement l’intime, il ne contient que peu d’informations factuelles sur sa vie, son journal constitue surtout un journal d’écriture où se croisent projets littéraires, brouillons et poèmes aboutis.

Son journal nous ouvre également les portes de son appartement lumineux au n° 68 du Coudenberg à Bruxelles sur le Mont des Arts, cadre scénique de son écriture. De là, elle constate la destruction des vieux quartiers de Bruxelles lors de la construction de la Bibliothèque royale Albert Ier, de là, elle se rend au Palais des Beaux-Arts pour écouter des concerts et visiter des expositions.

Un des thèmes essentiels de son journal est l’accompagnement de son père dans ses dernières années. Le remariage de Camille Huysmans apparaît comme un contentieux dans la relation fille-père, sa mère est décédée en 1955 et son père épouse Ida Smissen en secondes noces, en 1957 (il a 86 ans et elle 35). Sara ressent Ida comme un écran entre elle et son père et souffre de la permanence d’un important non-dit. Le journal ne laisse transparaître qu’en filigrane les nombreuses activités professionnelles et culturelles de Sara Huysmans, qui fut la première femme nommée à ces hautes fonctions au ministère. Mais l’affirmation de son engagement pour la mission éducative des services publics favorisant l’éducation du plus grand nombre à la culture est bien explicitement formulée. Retraitée, elle poursuit cette mission de découverte et de soutien des artistes ; de nombreux comptes-rendus de spectacles ou de concerts dans son journal mentionnent des noms devenus célèbres par la suite.

Son journal témoigne de son engagement pour les droits des femmes, pour leur émancipation intellectuelle et pour l’égalité entre les sexes (Sara Huysmans avait défendu le vote des femmes dès 1924 dans un article sur la problématique du vote des femmes en Belgique). La diariste prend position au niveau des idées par rapport aux écrivaines qu’elle lit mais soutient également par son engagement les femmes de son entourage.

Francine Meurice